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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 05:00

Wadada Leo Smith - Louis Moholo Moholo

Wadada-Leo-Smith---Louis-Moholo-Moholo.jpg

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Wadada Leo Smith (trompette) & Louis Moholo-Moholo (batterie)

 

Samedi 22 octobre 2011 – 18h
Série Bleu Indigo - musée du quai Branly
Tel 01 56 61 70 00 - 222, rue de l'Université - 75343 Paris Cedex 07
www.quaibranly.fr

   

Quand l’un raconte : « Dans le Delta du Mississippi, la nature est une inspiration forte et profonde, tout particulièrement le matin quand le soleil se lève sur les terres plates du delta. Il y a cette image du soleil qui se lève juste à vos pieds, qui vous donne la sensation de faire partie de la nature. Vous avez autant de pouvoir qu’un arbre, qu’une montagne… » L’autre reprend presque : « En Afrique du Sud, même en ville, les ânes sont dans la rue, et les vaches, les moutons, les chèvres aussi. Tous ces sons ! Alors voilà, on reprend ce que l’on entend, votre environnement vous conditionne de telle manière que vous faites des choses sans véritablement vous en rendre compte. C’est en vous, dans votre cœur, vous ne pouvez y échapper. Les berceuses de votre mère, toutes ces choses contribuent à faire de vous un bon musicien. »

Le premier, Wadada Leo Smith, occupe depuis plus d’un quart de siècle la chaire « Dizzy Gillespie » au California Institute of the Arts, ce que lui ont valu sa carrière de trompettiste foudroyant comme ses études d’ethnomusicologie. On ne le sait pas assez, mais Smith a été l’un des premiers improvisateurs à penser de nouveaux rapports entre « jazz » et « musiques du monde », dès les années 70, au fil d’une recherche autant musicale que sociale ou scientifique, articulant la lancée afro-américaine et la puissance d’aspiration d’autres traditions, voire des pensées rastafari, taoïstes, soufies… Dans l’espoir qu’elles « finissent d’éliminer la domination euro-américaine ici-bas » et qu’elles apportent un nouvel « équilibre dans le domaine des musiques du monde (entre l’Afrique, l’Asie, l’Europe, l’Euro-Amérique, l’Afro-Amérique). Nous sommes en position de former une communauté mondiale, et c’est de cette communauté que la nouvelle musique s’élèvera. Tous les êtres de la terre (toutes les créatures terrestres), leurs cultures et leurs arts respectifs, y seront représentés équitablement. ». Non seulement Wadada Leo Smith a-t-il parcouru les États-Unis, du Sud (le Mississippi, où il grandit parmi les titans du Delta Blues) au Nord (Chicago, où il gagne l’AACM et échafaude ses concepts de « New World Music » et de « Rhythm-Unit »), d’Est (le Connecticut, où il met au point sa méthode, son propre système de notation, l’Ankhrasmation, et publie ses premiers essais) en Ouest (la Californie où il développe l’African-American Improvisation of Music Program), mais il a aussi séjourné en Indonésie, au Japon ou en Islande… Le second, Louis Moholo-Moholo, de père Sutu et de mère Xhosa, a été marqué par un long exil européen du temps de l’apartheid, au cours duquel il s’est livré corps et âme à l’improvisation libre, comme pour se ressourcer dans l’utopie, avec ses compatriotes les Blue Notes et au sein du Brotherhood of Breath, puis avec la fine fleur carnivore des improvisateurs les plus passionnants et les plus passionnels d’Europe et d’Amérique du Nord. Si, pour lui, l’Afrique du Sud est comme une fontaine de rythmes, le foisonnant batteur en aura versé et déversé les flux et les reflux partout sur son passage : « Que c’est beau la musique, c’est la plus belle des choses que j’aie jamais expérimenté dans ma vie, c’est mon Dieu. Quand je joue de la musique, rien de mal ne peut m’arriver. J’entends dire que le paradis c’était plutôt pas mal, comme endroit. Mais moi, je n’y ai jamais mis les pieds. Par contre, je connais la musique. »

Il était somme toute inévitable que Louis Moholo-Moholo réponde favorablement à l’invitation de Wadada Leo Smith, lequel a entamé il y a une trentaine d’années une série de duos avec les plus téméraires batteurs de notre temps (Ed Blackwell, Jack DeJohnette, Hamid Drake, Günter « Baby » Sommer…). Au jeu de l’un, à la fois éclatant (sa trompette taillée en pointes et coquilles d’obsidienne transperçant le halo de silence qu’il semble générer autour de chacune de ses phrases) et comme à contre-jour (suspendant un collier d’éclipses au cou de la musique), « s’oppose » la batterie aimantée et survoltée, toujours en alerte et en alarmes, de l’autre, comme pour mieux dire tout à la fois la patience créatrice des musiques qui ont le temps et que l’on dit « traditionnelles », la liberté d’être seul et d’être ensemble des musiques du champ jazzistique, et les perspicacités particulières des musiques qui s’improvisent.

 

Tarif plein = 15 € / Tarif réduit = 10 € pour les Amis du musée du quai Branly, moins de 25 ans, groupes à partir de 10 personnes, titulaires de la carte famille nombreuse / Gratuité = adhérents (pass musée individuel = 35 €) / 15 € le pass jeune (moins de 25 ans) avec accès gratuit aux collections + expositions temporaires + CONCERTS JAZZ (+ tarifs réduits sur les autres activités culturelles : visites, spectacles…)

 

Wadada Leo Smith donnera une conférence sur sa musique et sur l’Ankhrasmation, son système de partition graphique, le vendredi 21 octobre 2011, à 18h30, en salle de cinéma du musée du quai Branly. Accès libre.
 
 
 

BLEU INDIGO

    Bleu Indigo, cela pourrait être la couleur associée au blues et au blues people, à la fois une couleur (la septième, la mystérieuse, entre le bleu et le violet), un registre et un sentiment, par extension le Mood Indigo de Duke Ellington, et cela pourrait être la plante des plantations, pour mémoire, laquelle donne cette teinte si particulière que les Yoruba, les Mandé ou les Ibo liaient au blanc afin de s’attirer diverses protections magiques.

    Après avoir commencé par la fin ou le futur, et présenté certaines des plus avancées ramifications du jazz au 21ème siècle, la série Bleu Indigo, pour sa seconde saison, explorera des mondes parallèles. Ni tout à fait du « jazz », ni tout à fait des « musiques du monde », et encore moins leur « fusion », mais des rencontres entre différentes traditions et différents devenirs, qu’il s’agisse de projets basés sur les univers de références composites des artistes invités ou de confrontations, d’équations musicales et socio-musicales à plusieurs inconnues. D’hybrides. Les musiques du champ jazzistique, après tout, n’y sont-elles pas prédisposées, elles qui ont été parmi les premiers hybrides des temps modernes ? Et depuis ce jour, maniant le paradoxe, elles cessent d’être elles-mêmes dès qu’elles cessent de produire de nouveaux mélanges, de nouvelles relations – aussitôt qu’elles cessent de différer.         C’est donc moins le jazz qui « arrive » au musée que le musée qui « part », dans une atmosphère nécessairement chaleureuse permettant l’échange avec les improvisateurs à l’issue des concerts, pour le pays de cocagne d’une musique en liberté(s).


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