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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 05:00

Chicago Underground & Sao Paulo Underground
Cycle Jazz Bleu Indigo au musée Branly

Quai-Branly-10-11---6---Chicago-Underground.jpg

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Musée Branly - 01 56 61 70 00 - 37 quai Branly - Paris 7e , Théâtre Claude Levy-Strauss
gratuit sur présentation du billet d'accès au Musée.

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Rob Mazurek (cornet, effets électroniques), Chad Taylor (batterie, vibraphone, mbira, effets électroniques), Mauricio Takara (percussions, cavaquinho, effets électroniques), Guilherme Granado (vibraphone, marimba, claviers, effets électroniques), Richard Ribeiro (batterie).

 

Pêle-mêle, ils ont joué avec Bill Dixon, Luc Ferrari, Yusef Lateef, Gastr del Sol, Iron & Wine, William Parker, Roscoe Mitchell, Tortoise, Fred Anderson, Marc Ribot, Pharoah Sanders, Lorren MazzaCane Connors, Stereolab, Jemeel Moondoc, Jim O’Rourke… Il y a mieux encore: ils jouent ensemble.

Le Chicago Underground Duo est apparu en 1997, dans la constellation du Chicago Underground Collective qui réunissait une nouvelle génération d’improvisateurs de la ville, et qui fournit régulièrement des alliés substantiels au noyau formé depuis lors par Rob Mazurek et Chad Taylor. Avant d’être reforgé sous sa forme la plus « simple », la plus intense, par les duos de Don Cherry et Ed Blackwell, Lester Bowie et Philip Wilson, ou Wadada Leo Smith et Jack DeJohnette, l’alliage peaux et métaux, trompette et batterie, fut longtemps ouvragé dans les Drum & Bugle Corps afro-américains, lesquels essaimèrent du Deep South au Midwest. Mais pour réamorcer cette horlogerie de fulgurances et de virevoltes, le duo de Chicago n’a eu de cesse de se dédoubler. Les flèches de sarbacanes cuivrées de Mazurek et le crible de rythmes cliquetants de Taylor se déplacent souvent sur un échiquier électronique où sont disposés d’étranges modules sonores. « Beaucoup de musiciens changent radicalement de direction dès qu’ils font une découverte, explique le cornettiste. Dans notre cas, cela a toujours été un processus cumulatif : il n’a jamais été question de renier quoi que ce soit de ce que nous avions fait et aimé, mais d’intégrer chacune de nos expériences dans un ensemble plus vaste, une musique totale. Il faut vivre avec son temps, mais il faut également savoir vivre dans sa propre dimension temporelle – ce que nous avons été, ce que nous sommes et ce que nous serons. Ce n’est pas parce que Chad et moi et les autres utilisons aujourd’hui des ingrédients électroniques que nous allons oublier d’où nous venons. La psychologie du jazz est en nous, quoi qu’il arrive, dans certains de mes phrasés au cornet, dans la façon avec laquelle Chad aborde les rythmes. » De l’éblouissante vacance de certains moments, moins répétitifs que rotatifs, au cours desquels les sons récitent un alphabet de résonances, jusqu’aux vitesses que prend l’improvisation, urgente et dilapidatrice, constamment en puissance d’embrasement, il n’y a que la valeur d’un glissement. Au couple tension et détente, Mazurek et Taylor ont substitué un couplage d’éclosions et d’ondulations, si bien que leur musique semble souvent se jouer sur et sous la surface, dans une boule de cristal. Parfois une pulsation esseulée serpente à travers le spectre sonore. Parfois une lointaine mélodie miroite à travers le vitrail du vibraphone…

Parti vivre au Brésil dans les années 2000, Mazurek eut l’idée d’y former un groupe jumeau, le São Paulo Underground, d’abord avec Mauricio Takara, puis en quartette avec Guilherme Granado et Richard Ribeiro – tous rythmiciens en diable. Tel Chad Taylor, les trois natifs de São Paulo sont poly-percussionnistes et électro-acousticiens de surcroît, c’est-à-dire contrebandiers ou  faiseurs de sons. Ils savent faire usage du marimba et du cavaquinho comme de claviers électriques ou d’échantillonneurs. De sorte que le Brésil qu’ils personnifient est d’autant plus actuel qu’il est futuriste, les influences de la samba ou du maracatu croisant celles du free jazz (Mazurek aime à se référer au « cosmic noise » de Sun Ra) ou du post-rock. « Quand je parle de « musique totale », je ne rêve pas d’assimiler toutes les musiques sur Terre, mais simplement d’être libre de faire avec celles que j’ai pu croiser en chemin. Lorsque je travaille chez moi sur un morceau, j’aime bien diffuser plusieurs musiques à la fois, ce qui fait que lorsque je passe d’une pièce à une autre, je peux entendre de la musique indienne ou brésilienne, de la musique concrète, Don Cherry… Cette diversité m’aide à construire un univers musical qui me soit propre, à rechercher de nouveaux sons, qu’ils soient d’origine acoustique, électrique ou électronique. ». De fait, Rob Mazurek, qui se présente volontiers comme un « sound/vision abstractivist », joue depuis toujours avec la notion de transparence entre les sphères et leurs musiques. Mais une transparence tumultueuse, et même fracassante lorsqu'il doit traverser le barrage de sons (de toutes les sources et de toutes les origines, comme un arrière-monde), dignes d’un carnaval restitué à sa dimension d’utopie réalisée, que ses companheiros lèvent autour de lui. Refaisant le rêve de la musique, euphonie et cacophonie incluses, d’une hypnotique berceuse aux démontés carrousels de l’exaltation.

            Et pour la première fois, les deux Undergrounds jumeaux se rencontrent sur scène.


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